[Les Ithryn Luin]

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 Courrier d'un cheminot aux usagés

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Arlequin
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MessageSujet: Courrier d'un cheminot aux usagés   Mer 21 Nov - 10:55

Citation :
Chère cliente, cher client,

Je suis en grève aujourd'hui et je l'assume. Oui, j'assume de devoir vous poser des problèmes dans votre train-train quotidien, j'assume de vous obliger à modifier vos habitudes quotidiennes.
On m'accuse de vous prendre en otage. Mais vous ai-je enfermés, vous ai-je attachés ? Non, je vous laisse libres. Libres au milieu des contraintes que vous acceptez tous les jours sans vous en plaindre.
J'assume pleinement de vous laisser voir vos chaînes, parce que ces chaînes sont aussi les miennes. Parce que moi aussi, je dois faire garder mes gamins quand je commence au petit matin, moi aussi, quand je rentre le soir, j'ouvre ma boite à factures qui naguère s'appelait boite aux lettres, moi aussi je m'affale parfois dans le canapé pour manger docilement la soupe de la télé, car moi aussi, je vis dans cette société. Oui, je l'assume. Comme j'assume les contraintes de mon métier qui me font vivre à part du groupe, qui me font travailler
avant vous pour vous emmener bosser et après vous pour vous ramener à la maison.
Pour vous emmener dans votre famille passer les fêtes, je ne les passerai pas dans la mienne. Je vous transporte et par définition, mon travail commence là où s'arrête le vôtre, et vice versa.

Quand j'ai pris la décision de faire ce métier, il y a 15 ans, j'ai pesé le prix de ma mise à l'écart de la vie collective, par les horaires farfelus. Ce prix je l'ai accepté et j'entends me le faire payer.

Bien sûr, je ne suis pas le plus mal loti de la terre. Bien sûr, il y a bien pire et bien plus malheureux. Mais doit-on se sentir coupable d'avoir un toit en voyant les sans-abri ? Doit-on se sentir coupable d'avoir un emploi en comptant les chômeurs ? Doit-on se sentir coupable de se défendre ?

Ma défense, je l'ai préparée. Parce que les résultats des élections de mai ne laissaient aucun doute. Le conflit aurait lieu, historiquement il devait avoir lieu. Où et quand ? Vous avez la réponse aujourd'hui. Parce que, je ne vous le cache pas, Il était encore sur le yacht de Bolloré que je mettais de coté l'argent nécessaire à ce combat. S'il le faut celui prévu pour quelques projets futiles sera utilisé et tant pis si le home cinéma ne vient pas dans mon foyer cette année. Quoi, j'aurais pu me payer un home cinéma et je suis dans la rue ?
Et bien ça aussi je l'assume. Et sans aucune honte depuis que j'ai lu que la marque qui commercialise le plus grand écran plasma, un joujou à cent mille euros, visait aussi le marché des particuliers en France. On me donne 2600 euros par mois pour conduire les trains, pas pour acheter mon silence et ma docilité.
On trouve au MEDEF des syndicalistes bien mieux lotis ayant toujours une larme à faire couler sur leur sort. C'est aussi pour ça que j'assume de faire grève aujourd'hui.
On m'accuse de ne pas faire preuve de solidarité parce que la réforme est nécessaire et doit être approuvée. A force de lire les rapports du Conseil d'Orientation des Retraites, à force de lire tout ce qui peut me tomber sous les yeux parlant de retraite, du sénat au blog débile, j'ai acquis la conviction que tous cela aurait pu être évité, pour moi comme pour vous, si nos
dirigeants avaient préparé ces échéances comme j'ai préparé cette grève.
On nous a parlé de catastrophe, de faillite, de banqueroute même or n'importe quel économiste honnête vous le dira, en 2000, l'effort prévisible à réaliser, sans rien changer pour les retraites, pour les 40 années à venir était calculé inférieur à celui fourni pendant les 40 années passées. On a montré que le petit bout de la lorgnette, on n'a pas dit que la richesse du pays augmenterait plus vite que cette charge, même dans les pires scénarii. Il y avait ce
problème du baby boom ? Et alors, est-ce une raison pour tout mettre à bas alors qu'il suffisait de remplir le fond de réserve des retraites créé en 2002, la seule véritable réforme honnête faite sur le sujet ? Que fait un ménage quand il sait qu'une dépense va venir ? Soit il économise, soit il emprunte, soit il attend et se serre la ceinture le moment venu. C'est cette voie qu'ont choisie nos dirigeants, c'est regrettable mais je suis citoyen et je respecte les
suffrages.
Alors cette politique qui n'est pas la mienne, je l'assume y compris les conséquences, y compris cette grève. Aujourd'hui, je refuse de faire mon travail dans la société parce que
j'ai un différent à régler avec cette société. J'utilise un moyen légal, constitutionnel, occasionnant une gêne que j'assume pleinement parce que je suis dans une entreprise qui fait des bénéfices et qui, seule, paye les avantages de mon régime de retraite. Une cotisation patronale supérieure de près de 12% à celle de votre patron, soit environ 500 millions, pour compenser un âge de départ inférieur au vôtre, dans des conditions souvent inférieures
aux vôtres d'ailleurs. Le reste ? C'est ce que nous payerons ensemble si nous étions dans le même régime. D'ailleurs la compensation entre régimes bénéficie à 93.7% aux artisans, commerçants, salariés et exploitants agricoles, et en 2015, mon régime ne sera plus bénéficiaire du système mais deviendra contributeur. Ces 12% sont à moi, pas à mon entreprise qui voudrait bien les récupérer. Comme les cotisations patronales, que les patrons appellent volontiers "charges", sont à vous, payant par avance votre droit à la santé ou à la retraite. C'est parce que la seule personne volée dans cette réforme c'est moi, j'assume totalement de réclamer mon dû. On me dit que ce sont finalement les clients qui payent. L'a-t-on dit aussi fort aux clients de Carrefour qui on payé les conditions de fin d'emploi du patron d'alors ? Le dit-on aussi fort de toutes ces retraites chapeaux, primes de départs et autres joyeusetés faites aux dirigeants des grandes entreprises ?
Le dit-on aussi fort des avantages d'autres salariés ? A ce dernier titre, il est bon de calculer que 5 années de bonus sur une carrière de 40 ans ne représentent finalement guère plus qu'un mois et demi par ans. Je n'ai jamais eu de treizième mois, l'avantage est-il si exorbitant ?
Alors j'assume ne pas vouloir perdre ces 12% dans cette réforme qui ne vous apportera rien. Le gain escompté est de l'ordre de 200 millions d'euros par ans.
A ce rythme, il faudra 75 ans pour rembourser les 15 milliards de cadeaux fiscaux faits cet été Suis-je encore Le privilégié de cette société ?
Mais plus encore. Cette réforme, comme les précédentes, vous coûtera beaucoup, elle nous coûtera beaucoup à tous. Parce que c'est la solidarité que l'on tue aujourd'hui. Cette solidarité voulue par nos pères au lendemain de la guerre, cette solidarité insupportable pour qui se réclame du libéralisme et du chacun pour soi. Cette solidarité dont le sens profond ne dépasse pas, pour notre gouvernement, la notion de l'aumône dominicale. Mais pour moi elle a
un sens, parce qu'elle est profondément humaine. C'est elle, le ciment de notre société.
A quoi bon vivre comme les loups où le couple dominant mange en premier et où le dernier mange ce qui reste ? Tous mangent, certes, mais est-ce le modèle que nous voulons pour notre société ? Est-ce l'exemple pour nos enfants ? Ma conviction profonde est que la société humaine ne peut être basée que sur la solidarité, sur l'entraide mutuelle. C'est ce à quoi je crois et c'est pour cela que j'assume ce combat.

Et je me souviens de 1995. Vous étiez derrière nous à 75% ! Autre époque où nous portions l'espoir, où l'on a vu des personnes venir apporter une journée de salaire dans notre caisse de grève en nous demandant de faire la grève pour eux. La grève ce n'est pas mon métier. J'assume d'avoir laissé tomber cet espoir faute de pouvoir le porter seul. J'assume aujourd'hui de me battre d'abord pour moi, règle première de cette société libérale que je veux combattre.
C'est paradoxal ? Oui, mais j'assume ce paradoxe parce que vous ne m'aimez plus aujourd'hui et que cette désaffection est le fruit d'un combat que vous n'avez pas voulu mener, croyant à tort que je le ferais pour vous. Nos père se sont battus, certains sont morts, pour nos congés, nos retraites, notre santé et pour bien d'autres choses encore. Qui se souvient aujourd'hui du prix payé par eux pour nos avantages de salariés de pays riche ?

Certains perdront leur boulot paraît-il. Mais qui est assez stupide pour m'accuser moi et laisser en paix cette crevure de directeur du personnel qui utilisera cyniquement cet alibi, ce sous-homme incapable de considérer son prochain comme son égal dans la difficulté ? Et bien, oui, j'assume de fournir cet alibi fallacieux à cette personne qui ne devrait rien avoir à
faire dans la société des hommes.

Il n'y a pas si longtemps, nous, cheminots, avions un slogan plein d'avenir, nous voulions partager le progrès pour tous. Souvenez-vous : Le progrès ne vaut... Où est-il ce progrès, aujourd'hui où l'Homme de ce siècle a enfermé sa liberté dans une télé et un portable ? Où l'on vante les soi-disant mérites du libéralisme sans parler de ses inconvénients comme la précarité ? Où l'on détruit l'avenir de nos enfants en oubliant les combats de nos pères ? Où l'on brade notre société solidaire pour peu qu'on nous fiche la paix ? Où est-il le progrès aujourd'hui ? J'assume

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Maël d'Adélaïde
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MessageSujet: Re: Courrier d'un cheminot aux usagés   Mer 21 Nov - 12:48

L'épineux 'problème des retraites'... parlons-en, alors.

J'avoue être déstabilisé d'entendre à longueur de journée que les caisses de retraite ont été/sont ou seront déficitaires, je suis circonspect lorsque l'on me présente une étude qui m'indique que dans vingt ans nous auront tellement d'inactifs et si peu de travailleurs, où sont passés ces statistiques qui disent que nous avons le plus haut taux de natalité d'europe, qu'est il de ces projections qui annoncent que les régimes spéciaux sont encore bénéficiaire en 2040. Car détrompés vous, connaissant assez bien le régime des IEG (industries électriques et gazières) ce régime est autofinancé et le seul qui contribue en cas de déficit du régime est le patron. Alors ne vous imaginez pas que dégagé de la charge des retraites de ses salariés il va cessé d'augmenter le prix de l'électricité la moins cher d'europe, au détriment des dividendes versés à ses actionnaires où l'on retrouve en première ligne... l'état à 51%. Non, ne rêvez pas et ne croyez pas non plus que les 12,5% qui sont prélevés sur les salaires en cotisations salariales pour la retraite leur soient rendu au nom d'un principe de justice sociale. Non rien de tout ça, 'payer plus pour gagner plus'... je ne suis pas certain que ce soit le cas ici.

J'ai l'impression qu'il ne s'agit que de l'épouvantail que l'on agite pour espérer voir arriver autre chose.
La vérité me semble t'il, car je ne prétends pas la détenir, est qu'une fois de plus on demande à ma génération un effort, un sacrifice nécessaire pour le statu-co social, mais on me parle aussi de projections catastrophiques, et celà depuis tellement d'années qu'en effet je me demande pourquoi... Pourquoi à l'instar de la Norvège, n'a t'on pas épargné. Je vous entends déjà dire que nous n'avons ni de puits de pétrole ni de plateforme gazière, certes, mais l'a France ne possède t'elle pas ses richesses, n'avait-elle pas d'autres ressources à exploiter (le nucléaire par exemple, nous y revenons, mais n'avons nous pas une suprématie énergétique plus de 70% de notre production étant destinée à l'exportation, l'ingénerie... souvenez-vous du 'on n'a de pétrole mais on a des idées'). Quel est notre recours actuellement alors qu'à cause de la mauvaise gestioon de nos dirigeant, devons-nous une fois de plus payer leur train de vie désinvolte (je n'évoquerais même pas les +172% et quelques).

Concernant EDF, doit t'on reprocher aux salariés les avantages qu'ils auraient ? Alors que certains salariés chez eux (comme dans la fonction publique) touchent moins que le SMIC ? Doit on reprocher à une société privée (si rappelés vous) bénéficiare de plusieurs dizaines de milliards d'euros chaque année dans une économie libétale de faire des cadeaux à ses salariés ?

C'est étrange quand j'entends parler d'égalité sociale... ce fameux 'au nom du principe d'égalité'... j'ai envie de rajouter pour certains. Avez vous entendu parlé du régime des députés, réformé il y a 6 mois et permettant en 15 ans d'obtenir un droit immédiat à une confortable retraite de 1500€.

Enfin, que doit on dire des salaires annoncés exorbitant de la fonction publique ?
J'avoue être très surpris par la notion de double discours utilisé sur
ce dossier par exemple. Certains parmi vous le savent, je suis
fonctionnaire hospitalier. Infirmier, j'ai donc réalisé 4 ans d'études
(par rapport à un programme universitaire) après mon bac, on me refuse
le niveau license (ça couterait trop cher) et me reconnait un
équivalent BTS. Je toucherais un salaire moyen de 2200€... j'aimerais
bien car j'avoue que les 1550€ nets que je gagne (8ans d'ancienneté, 2WE
et 8 Nuits comprises) sont un peu juste pour finir le mois. Diviser pour mieux règner dit l'adage. Allez dire à un mec que les fonctionnaires sont des glandeurs, des parasites qui profitent de multiples avantage alors que lui galère pour toucher son salaire moyen (de 1800€ net je le rappelle) et forcement il en aura après cette catégorie de population. Manipulation ? Vive la stigmatisation !

Alors forcément, je préfère m'informer via d'autre moyen que les médias si objectifs et me forger une opinion par moi même...
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Arlequin
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MessageSujet: Re: Courrier d'un cheminot aux usagés   Mer 21 Nov - 14:18

Il y a de ça quelques années, un quotidien titrait sa une : "la génération sacrifiée"

C'est nous !

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MessageSujet: Re: Courrier d'un cheminot aux usagés   Mer 21 Nov - 16:16

Site de la caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) vous trouverez ce qu’il faut pour commencer à se faire une opinion qui ne soit pas prédigéré !



Bon, c’est vrai ! La Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse n’est pas une source fiable… on ne l’entend pas dans les médiats! Ces chiffres n’ont donc aucune valeur... Mais bon, je mets quand même les liens pour ceux qui voudraient se fatiguer les neurones pour rien.



http://www.cnav.fr/



http://www.cnav.fr/5etude/statistiques/abrege2005/Retraites.pdf



Extrait :

Retraites servies :

S.N.C.F.................................................................................... 1,47%

R.A.T.P.................................................................................... 0,21%

E.D.F.-G.D.F............................................................................ 0,88%



http://www.cnav.fr/5etude/statistiques/abrege2005/Produits_charges.pdf



Extrait :

LES CHARGES : Reversements régimes spéciaux 0,78 %



Bref !



Quelle personne sensée, avec un minimum de réflexion peut croire, faire croire et RELAYER que 2.56% des retraités soient à eux seul responsables de tous nos malheurs, avec une charge des régimes spéciaux pour la Cnav de 0.78% !





J-V



------

Vérités et mensonges sur les régimes spéciaux
Avantages particuliers qui n’auraient plus de justification ? « Privilèges » payés par les contribuables et les assurés sociaux du secteur privé ? Des mensonges, directs ou par omission, pour imposer un projet dangereux. État des lieux.

Régimes spéciaux : De quoi parle-t-on ?

Le gouvernement cible surtout les régimes de retraite de la SNCF, d’EDF-GDF et de la RATP. En réalité, selon le Code de la Sécurité sociale, les régimes spéciaux englobent aussi ceux des agents des trois fonctions publiques (État, hôpital, collectivités locales). Si le gouvernement feint maintenant de les oublier, c’est pour les besoins de sa cause : la réforme Fillon de 2003 les a déjà alignés, par le bas, sur le privé, en allongeant leur durée de cotisation. Il s’agit désormais d’isoler les cheminots, gaziers et électriciens et agents de la RATP pour mieux liquider, à leur tour, leurs garanties spécifiques. Des régimes particuliers existent également chez les mineurs, les marins, les clercs de notaire, à l’Opéra et à la Comédie-française… Tous reflètent des histoires sociales particulières et résultent de compromis singuliers, les droits à la retraite des cheminots, par exemple, compensant, en quelque sorte, les astreintes inhérentes à leur travail et la relative faiblesse de leurs salaires (au regard des qualifications).

Une durée de cotisation plus faible, mais des contreparties

Il faut, dans les régimes spéciaux, avoir totalisé 37,5 annuités de cotisation pour prétendre à une retraite à taux plein, contre 40 ans dans le régime général du secteur privé. Mais les règles de calcul de la durée de cotisation ne sont pas les mêmes dans les deux cas. Dans un régime spécial, il faut avoir effectivement travaillé un an et cotisé sur toute cette période pour se voir reconnaître une annuité d’assurance. Dans le privé, c’est la rémunération qui est prise en compte : 200 heures de SMIC donnent droit à la validation d’un trimestre d’assurance ; une année peut être validée même si elle n’a été que partiellement travaillée. Une règle favorable aux salariés précaires, aux carrières hachées. Deuxième bémol : alors que, dans le régime général, avoir élevé un enfant donne droit à une majoration de durée d’assurance de deux ans, ce bonus n’existe par dans plusieurs régimes spéciaux.

En tout état de cause, l’âge effectif moyen de cessation d’activité n’est guère plus précoce dans le public (régimes spéciaux inclus) que dans le régime général : entre 57,5 ans et 58,5 ans… : les différents systèmes de départs anticipés - préretraites d’entreprise en particulier - mis en place dans le privé, et les licenciements, précipitent le moment où les travailleurs décrochent.

….

Calcul de la pension : à la fois plus et moins avantageux

Dans la plupart des régimes spéciaux, la retraite est calculée sur la base des six derniers mois de salaire (en principe les meilleurs, compte tenu de l’« effet carrière » dans le secteur public) au lieu des 25 meilleures années dans le privé (critère pénalisant car il augmente le risque que soient prises en compte les mauvaises années de la carrière). Mais cela ne suffit pas à garantir aux cheminots, électriciens et gaziers et agents de la RATP une pension plus élevée. En effet, leurs primes et autres compléments de salaires, pouvant atteindre jusqu’à 30 % de la rémunération, ne sont pas prises en compte. Au final, à structure de qualification équivalente, le montant moyen des pensions est à peu près du même niveau dans le privé et dans le public (avec, selon une étude du ministère du Travail, un léger avantage pour le privé chez les ouvriers employés, et pour le public chez les cadres).

Indexation des pensions : sur les salaires et non sur les prix

Avec la prise en compte de la pénibilité, c’est l’autre véritable avantage des régimes spéciaux : les pensions y sont revalorisées en fonction de l’évolution des salaires, repère plus avantageux que celui des prix. Une garantie fondamentale : elle évite que se creuse un écart de niveau de vie entre actifs et retraités. Elle symbolise ainsi le pacte de solidarité au cœur de notre système par répartition. Faut-il la supprimer, comme cela a déjà été fait dans les régimes du privé et des fonctionnaires, ou bien la rétablir dans ces derniers ? À savoir : l’indexation sur les prix, au lieu des salaires, entraîne une perte de pouvoir d’achat des pensions de 20 % en 15 ans. À terme, elle déstabilise la retraite par répartition, en poussant les salariés à chercher des solutions individuelles, au détriment de la solidarité collective.

Qui paie vraiment pour les régimes spéciaux ?

Pour discréditer les régimes spéciaux, le gouvernement met en exergue la charge financière qu’ils occasionnent pour les finances publiques. Un chiffre choc est martelé : 5 milliards d’euros de subvention d’État. Qu’en est-il ? Certains régimes, comme celui d’EDF-GDF, ne reçoivent rien. Pour d’autres, la contribution est importante : elle représente la moitié des recettes des régimes des cheminots (2,6 milliards d’euros) et de la RATP, 60 % pour le régime des marins, 36 % pour celui des mineurs. Mais, contrairement à ce que laissent entendre Sarkozy et Fillon, elle ne vise pas à financer les droits spécifiques accordés par ces régimes, mais à compenser les effets de leurs déséquilibres démographiques (on ne compte plus que 40 000 marins actifs pour 120 000 retraités, et 10 000 mineurs actifs pour 360 000 pensionnés). À la SNCF aussi, le rapport démographique cotisants retraités s’est sensiblement dégradé, du fait de la forte baisse des effectifs (de 450 000 à 170 000). À qui la faute ? Pour une large part aux choix politiques des pouvoirs publics, notamment la faveur donnée au transport routier, dénoncée par tous …. La subvention d’équilibre sert en somme à compenser la facture de cette politique.

Les régimes spéciaux ne vivent pas plus aux crochets des autres régimes. Un système de solidarité existe entre tous les régimes de retraite, des salariés et des non-salariés, permettant aux moins bien lotis, du point de vue démographique, de bénéficier de transferts financiers des plus avantagés. Que révèle le bilan 2006 de ces transferts ? En premier lieu que ce sont les régimes de salariés dans leur ensemble (régime général du privé comme régimes spéciaux) qui financent ceux des non-salariés, agriculteurs et professions libérales. Et si certains régimes spéciaux d’entreprise (SNCF, mineurs, marins) bénéficient bien de ces transferts, c’est pour des montants très inférieurs aux sommes versées aux régimes des exploitants et salariés agricoles : 1,5 milliard d’euros pour les premiers, 6,5 milliards pour les seconds…

Troisième et dernier volet du financement, allégrement « oublié » : les cotisations retraite (part employeur et part salarié additionnées) dans les entreprises publiques concernées sont sensiblement plus élevées que dans le secteur privé. Le taux global s’élève à 41,96 % à la SNCF, 46,23 % chez EDF-GDF, 30 % à la RATP, contre 26,05 % dans le privé.

À qui profiterait la suppression de ces régimes ?

L’alignement et l’intégration des régimes spéciaux n’amélioreraient pas les comptes du régime général de la Sécu. Au contraire : alors qu’il est aujourd’hui assumé en partie par l’État et les entreprises concernées, le financement du déséquilibre démographique des régimes spéciaux serait tout bonnement reporté sur le régime général. Et si, d’ailleurs, c’était là le but caché de la « réforme » annoncée ? La même remarque vaut pour l’éventuelle suppression des droits spécifiques en vigueur dans les entreprises : cela n’apporterait aucune ressource en sus pour la Sécu, mais serait tout bénéf pour les entreprises en question, qui pourraient diminuer leur taux de cotisation. Il faut savoir qu’à la SNCF une part importante du taux global de cotisation retraite (12,88 % sur un total de 42,3 %) est expressément consacrée au financement des droits spécifiques.

Y. H.

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MessageSujet: Re: Courrier d'un cheminot aux usagés   Mer 21 Nov - 18:22

Je ne suis pas contre la grève, au contraire, je pense que c'est un droit inaliénable qui nous est octroyé, et donc il est logique que certains de nous en profitent.
Je pense aussi qu'il est logique d'être partagé sur la question, parce qu'en je sais pas combien d'années, les progrès de l'hygiène, de la médecine et des modes de vie ont allongé l'espérance de vie, justement, d'un paquet d'années. Et on annonce qu'un gosse sur deux qui naît aujourd'hui sera centenaire. Si on suppose qu'il devient traminot ou cheminot, cela fait 45 ans de retraite...
Evidemment, ça doit être étudié au cas-par-cas. Certains métiers sont bien plus usants que d'autres. Certains supportent mieux que d'autres le vieillissement. J'ai une grand-mère qui a fait 42 ans, elle en a 61, elle pourrait largement travailler encore, et elle le ferait si elle le devait. Mais d'autres personnes devraient décemment arrêter à 50 ou 55, parce qu'ils sont plus qu'usés.
J'ai un oncle qui bossait chez Edf, retraite à 52 ans, depuis il passe son temps entre le karting et le tennis, il a une forme d'enfer. Franchement, oui, il aurait pu bosser plus, ça ne l'aurait pas tué.
Le problème c'est qu'on globalise tout, et que là, la lutte est devenue en plus une bataille rangée pour faire plier Sarkozy qui, cette fois, est étonnamment discret, étrange. Peut-être que c'est son "descends me le dire en face" qui est mal passé. Les syndicats ne veulent surtout pas céder, ce serait une preuve de défaite. Et si le gouvernement cède, son étiquette de winners tombe. Voilà. Ca coince.
Résultat, ça fait 8 jours que j'ai zéro (oui, zéro) RER pour aller à la Fac. Coup de bol, moi, là, je suis en semaine blanche. Re-coup de bol, mon stage à Versailles vendredi dernier était annulé pour d'autres raisons. Mais demain et après-demain, il ne l'est pas. Ca veut dire concrètement que deux jours de suite je vais payer 60€ de taxi. J'ai un bon statut, donc ça me gène pas. Mais un étudiant qui bosse le week-end pour se payer son loyer, peut pas se permettre de claquer 120€ en deux jours. Ok, un jour ou deux de manqués, ça fait rien, tant pis. 8 jours, à rattraper, ça fait beaucoup.
Lorsqu'il dit qu'il ne nous prend pas en otage, qu'on est libres, c'est vrai, lui ne le fait pas. Mais sans RER B, y'a une vingtaine de villes complètement paralysées.
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