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 Spleen

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Dragonnia
Maître des mots
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Féminin Nombre de messages : 709
Age : 110
Jeu : Essence de Lumiere
Race : Elfe
Classe : Sorcière
Date d'inscription : 28/06/2006

MessageSujet: Spleen   Sam 23 Sep - 11:57

Ouh ! J’ai la tête qui tourne. Je vais m’asseoir un peu là. J’ai peut-être été trop vite pour descendre de ce donjon, ces escaliers en colimaçon je crois que je ne m’y ferai jamais. Enfin, me voilà dans la rue. C’est vrai que lorsque je suis arrivée hier soir la nuit commençait à tomber et je n’ai vu que des ombres et des stores fermés.

J’ai beaucoup de choses à acheter mais pour l’heure j’ai surtout envie d’aller me promener un peu, visiter cette ville, découvrir ses secrets, voir si je pourrai me sentir chez moi ici un jour. Je me rappelle du royaume des Libertya où je connaissais tout le monde. Il y avait de l’animation partout, la fête était présente à chaque coin de rue. Je la regrette un peu cette ambiance là. Mais ça c’est mon passé, mon présent il est ici, mon avenir je ne veux pas y penser.

Allons, remues toi ma grande ! Ce banc est certes fort confortable mais tu ne peux y rester toute la journée. Je vais longer cette rue où il n’y a pas âme qui vive, et partir visiter les faubourgs, les quartiers populaires. Peut-être rencontrerai je des enfants qui jouent à la marelle, peut-être quelques femmes, un ballot de lessive sous le bras, qui se dirigent d’un pas alerte vers le lavoir. Peut-être ne verrai je personne, juste le vent dans les arbres, juste une présence qui me dira que cet être qui me mine ne m’a pas conduit dans une cité morte, un vaste cimetière des âmes perdues.

Je marche dans la rue, le regard dans le vague, je longe des maisons fermées, parcourt des rues désertes, arrive aux portes d’un jardin public. Je vois déjà les arbres, les arbres amis. J’espère qu’il y a un lac, j’adore les lacs. Je ne sais pas pourquoi mais je ne suis bien que lorsque je regarde la vaste étendue d’eau si paisible et pourtant si dangereuse pour qui porte des ailes.

J’ouvre la grille du parc, le portail qui joue sur ses gongs rompt le silence du matin et me fait trembler comme une feuille morte ballottée par le vent. Moi qui maintenant ait les mains couvertes de sang, me voilà qui frissonne au petit matin, juste en écoutant ce bruit macabre qui me rappelle la porte de ce temple qui s’est refermée sur moi, ce temple où je n’aurai jamais dû rentrer et qui a fait basculer ma vie vers cette horreur que je vis chaque jour.

Aujourd’hui je ne suis plus que l’ombre de moi-même, je n’ai plus envie de me battre contre quelque chose que je ne vois pas, mais qui est là tout le temps en moi et qui me mine et qui me tue. Peut-être ce voyage est-il le dernier, peut-être participerai je encore à une chasse ou deux et peut-être après pourrai je enfin être délivrée de ce monstre qui est en moi.

Je me secoue pour me réveiller de ce songe qui ne peut-être qu’un cauchemar, j’ai certainement inventé tout ça. Tout ne peut pas être aussi noir, ce monde ne peut pas être aussi laid que je le vois aujourd’hui. Je crois que je vais m’asseoir là, les larmes qui brouillent ma vue soudain, m’empêchent d’aller plus loin, qu’importe je suis aussi bien ici qu’ailleurs. Sur ce banc, entouré d’arbres, je vais rester, jusqu’à ce que ce monstre qui est en moi se réveille à nouveau et veuille que je fasse ce que je n’accepterai jamais : tuer.

Je me sens seule, si seule, c’est presque comme si j’étais déjà morte et pourtant je ne le suis pas. Peut-être est ce cela le problème, mais même cela m’est interdit. A chaque mort je me retrouve dans ce mausolée et revois le visage souriant de cette Eleusis que je déteste de me faire revenir à la vie pour que le supplice ne s’éteigne jamais. Je voudrais n’être jamais née puisqu’il est si dur de mourir.
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Dragonnia
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MessageSujet: Re: Spleen   Mer 27 Sep - 18:02

Le vent se lève et la fraîcheur automnale vient apaiser d’une caresse mon front brûlant, ivre de tristesse. Je n’ai pas pensé à prendre une cape en quittant le donjon, je pensais ne sortir que quelques minutes pour faire une course rapide et rentrer bien vite me réchauffer.

Le donjon…. Ce mot déjà ne signifie plus rien pour moi. Pourtant lorsque je suis arrivée, j’avais milles idées en tête pour l’aménager, en faire mon petit nid douillet, mon refuge. En guise de refuge, je me retrouve grelottant sur un banc, à la merci de la première brise un peu trop forte qui me couchera tel un fétu de paille avant de m’arracher à cette terre, me vider enfin d’une vie que je ne désire plus.

Les bras ramassés contre mon corps j’essaye de me réchauffer mais mes dents claquent les unes contre les autres me rappelant que je ne suis qu’un squelette couvert de chair, chair qui tombera bientôt en décomposition pour retourner à la terre. Je ne laisserai aucune trace, aucun souvenir, aucun pleur ne sera versé sur la fosse où l’on m’aura jetée faute de savoir quoi faire de mon corps. Personne ne viendra le chercher, personne ne cherchera à savoir où je suis, ce que je suis devenue, ce pourquoi je suis née et ce qu’a été ma vie. Pas d’épitaphe, pas de pensées, pas de tristesse, pas de douleur, plus aucune trace de mon passage sur cette terre.

Je secoue la tête pour chasser ces idées macabres qui monopolisent ma pensée et me glacent le corps plus sûrement que le vent du nord. Je focalise ce qu’il me reste de volonté dans les muscles de mes jambes déjà engourdies par le froid qui me transperce jusqu’aux os. Il est si dur de se relever lorsque la mort est si proche qu’il est déjà possible de sentir son souffle froid sur sa nuque, il est si dur d’ordonner à ses muscles de réagir lorsqu’ils n’ont plus envie de rien, et surtout pas de se réveiller.

Je me relève néanmoins, derniers sursauts de volonté, derniers pas chancelants, mais les éléments se retournent contre moi, renient mon existence. La pluie gifle mon visage, le vent refoule mes cheveux sur des yeux déjà aveuglés mais ce n’est pas si grave, je n’ai pas de but véritable, qu’importe où me mènent mes pas, qu’importe si mes yeux ne savent pas me guider.

Chaque pas est une torture, la dernière peut-être, mais la mort est longue à venir pour celui qui l’attend. Elle ne surprend que ceux qui aiment la vie, les autres la connaissent, l’attendent, l’implorent quelquefois la nuit lorsque la douleur est trop forte pour être contenue, lorsqu’ils pleurent sans faire de bruit de peur de réveiller le silence qui les entoure.

Je m’apprête à quitter le parc lorsqu’une voix me surprend à tel point que je stoppe net mes pensées macabres, mes délires morbides et me met à courir au devant de celui qui s’égosille comme si un loup était entré dans la bergerie. Finies les noires pensées. La curiosité, mon petit péché mignon, est trop forte, il faut que je sache ce qu’il se passe…
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