[Les Ithryn Luin]

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 Quand vient la nuit - Partie I

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Arlequin
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MessageSujet: Quand vient la nuit - Partie I   Jeu 14 Sep - 15:45

La ville… nous y sommes.

La rue est sombre, le peu de lumière peine à infiltrer le domaine des malfrats, les soulards eux, n’ont que faire des nuits et leurs jours ressemblent à ces jours sans fin où la boisson est l’unique plaisir. Plaisir d’une vie triste et dont l’issu n’est que fatalité.

Je me sens chez moi ici, désormais je ne suis qu’un errant de plus, un soiffard ordinaire, mais quand vient la nuit, quand l’orage pointe de ses éclairs dégeulants de puissance, alors la rage reprend mes tripes, et ma soif prend une autre forme, d’autres envies, d’autres vies…

Le port claque des mats et des cordages, le quai renverse ses caisses trop usées par les eaux salées, trop érodées par les vents du lointain et la mer qui les a frappé de ses houles. Le pas du marin ivre, le trot du passant perdu ; les pleures d’un hauban vient jusqu’à le faire sursauter, celui là n’est pas dans ses aises. Sauves-toi rupin, tu n’es pas dans tes quartiers de luxe et d’assoiffés de plus richesses.

Plus loin, le chat noir fend le souffle portuaire, copain du pauvre, malveillant du bourgeois, je lui écrase mon pied sur le museau. Je déteste les chats, noirs ou blancs de soie, je ne rate jamais l’occasion d’asseoir mon pied sur leur fourrure.

Une taverne…

Comme dirait un certain, ça sent la morue, mais qu’importe le marin puant et transpirant le sel, ici l’on boit et l'on roule sur le sol lorsque la nuit touche le crépuscule, et celui là ne sera pas des dieux, mais des alcools bus sans soif, pour le plaisir de l’oubli et la fin du désarroi.
Ce soir, je serais ivre. Ce soir, la marée oubliera de venir lécher les pieds du port, elle n’emportera qu’une lampée de chanvre arrachée sur le corps de celui qui viendra déranger ma table et bousculer mon verre.

A boire, tavernier et passe ton sourire à un autre.


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Dernière édition par le Dim 15 Oct - 11:16, édité 1 fois
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Boa
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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Jeu 14 Sep - 16:26

Dans l'ombre au bout du bar, elle reste immobile, les yeux perdus au fond de sa chope. Elle était venue ici pour retrouver un peu de la chaleur qu'on trouve dans la compagnie des autres. Elle ne craint pas les regards sur son corps différent, il y a quelques centaures, dans la ville, elle en a croisé en venant.

Mais elle n'a pas trouvé ce qu'elle est venue chercher.

Pourquoi, elle n'en sait rien, et elle s'en fout. Peut-être les voix sont elles trop éraillées ou trop vulgaires, les hommes trop laids et trop bouffis, cette putain trop parfumée, ce lieu vraiment trop sordide, ou cette bière dégueulasse... C'est tout cela et ce n'est rien de tout cela.

C'est en elle. Et elle le sait. Elle le savait déjà, mais elle a essayé quand même. Il fallait s'y attendre. Elle n'est plus des leurs. Ca ne lui fait même plus mal. C'est juste ce grand froid au milieu de la poitrine...

Elle vide sa chope d'un trait, lève la main pour qu'on la remplisse. Laisse ses yeux dévirer sur la mousse pisseuse qui dégouline sur le bois plein de taches. Un regard par dessus son épaule sur la salle. Marins qui braillent, ouvriers du port, le tavernier qui s'éloigne de la table d'un homme.

Elle se fige et ses yeux s'agrandissent. Les jointures de ses doigts, serrés sur la chope, deviennent blanches.
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Arlequin
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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Sam 16 Sep - 18:14

Je ne vois qu’elle, elle est entrée derrière moi, elle, revenue du temps des Ithryn. Elle aussi s’est perdue, pourtant elle m’a retrouvé dans ce bouge qui sent le poisson à en gerber son vin.
Hier, nous sourions ensemble, aujourd’hui nos cœurs se sont flétris, bouffés par la colère et ce soir nous partagerons cette colère dans une choppe de bière ou un verre de vin, sans échanger de mots, nous penserons aux mêmes choses, nous rêverons peut-être si la nuit se prolonge au delà des bières et du vin, mais le temps des sourires a disparu, il s’est éloigné avec les nôtres.

Un geste, le tavernier fait claquer une bouteille de vin sur le comptoir, deux godets et je saisis la main de Boadicea. Nous n’avons plus besoin de manière, nous nous connaissons depuis si longtemps.

Ce soir, nous ne parlerons pas du passé, nous n’évoquerons pas les vieux souvenirs qui d’amusants, deviendraient trop vite amers. Nous nous contenterons de boire jusqu’à plus soif et si l’un d’eux, je parle de ces ivrognes qui puent la morue et de ces femelles syphilitiques, si l’un d’eux vient à nous bousculer, par trop d’alcool ou d’affront d’orgueil, alors la soirée en deviendra distrayante et c’est à coups de poings et de pieds que nous la terminerons. Et si la chance nous envoie son clin d’œil, nous sortirons vainqueur. Sinon, qu’importe ; nous terminerons cette nuit étrange dans un caniveau crasseux, efflanqués, avachis l’un sur l’autre et saouls comme des marins ivres d’histoires lointaines.

« Viens avec moi, ma belle pouliche, ceux là ne sont pas de ta horde, jamais ils ne te toucheront, comment pourraient-ils apprécier la gourmandise. Lui, il ne voit que le centaure, ta moitié animal ; l’autre avec son nez crochu et le front trop court, il ne voit que tes sabots entre deux verres et deux idioties racontées à qui veut l’entendre ; et le borgne, celui qui se déverse sur ta poitrine, il est aussi sot qu’un rat crevé, il détourne son regard monologue quand, par duperie, il se porte sur tes flancs.

Regardes-les détourner leurs regards fourbes, et rire d’un oeil épieur, dégoulinant de méchanceté et ceux là qui moquent ta croupe, ne les regardes pas, ignores leur sottise, tout à l’heure ils paieront. »

Je te sais bien plus belle qu’ils ne pourront jamais le savoir.

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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Sam 16 Sep - 22:51

Sa main est comme un petit animal redoutable perché sur son poignet, pour l'instant paisible, mais capable du pire. Son sourire est très loin du rayon de soleil éclatant qu'il pouvait offrir sans réserve, et pourtant, c'est un sourire. Et elle peut lire dans ses yeux, surnageant sur une mer d'amertume, un rien de joie.

Elle a peur de lui.

Les questions se bousculent dans sa tête embrumée. Qu'est-il devenu ? Est-ce que Ca vient de lui, cette chose porteuse de mort qui se tord au fond de son ventre ? Pourquoi était-il là, cette horrible nuit dont seules des bribes lui reviennent, (des bribes, et c'est encore bien trop...), pourquoi hurlait-il à son côté, pourquoi massacrait-il comme elle, et ce cri jubilatoire, et l'éclat de mort dans ses yeux...

...non... non... arrête d'y penser...

Elle ferme les yeux. Elle tente de repousser les souvenirs qui la torturent, en vain, évidemment... La seule chose à faire, se focaliser sur ses mots... Mais que dit-il donc ?

Tant de chaleur dans sa voix... Elle a pourtant failli s'enfuir à son approche, tant il lui semble différent de l'Arlequin qu'elle connaissait... Ses yeux assombris sont aussi hantés que doivent être les siens à elle, sa bouche a pris un pli amer, bien loin de la courbe ironique et tendre qu'elle offrait d'habitude... Si différent. Elle tente un sourire en réponse. Bien faible, de guingois, un peu tremblant sans doute, mais c'est ce qu'elle peut produire de mieux en matière de sourire...

Il lui parle des regards des autres. Et effectivement, elle les voit aussi, ces minables qui la frôlent de leurs yeux méprisants ou salaces, moqueurs ou surpris. Quelques-uns dans la foule, pas plus, mais ils sont bien là. C'est vrai qu'il y a peu de femmes dans cette taverne, toutes des putains, et aucune centauresse, évidemment...

Elle rit. Un bout de rire sec comme un aboiement.

- Je m'en fous, tu sais... Si je me redresse un peu je serai plus grande qu'eux tous, et de toute façon, mes pieds sont plus solides que leurs crânes vides. Qu'ils regardent, si ça les amuse... On a mieux à faire, non ?

Elle a tourné les yeux vers lui à nouveau. Et constate que, bizarrement, son sourire a gagné en chaleur. Et qu'elle n'a plus peur. Elle lève le verre posé devant elle, le garde levé en un bref salut. Puis le vide en trois gorgées. Et grimace.

- Horrible... Tu m'en sers un autre ?

Somme toute, une bonne cuite, c'est une perspective intéressante. Une bonne cuite en compagnie d'un vieil ami... Elle le regarde à la dérobée. Toujours beau, bien sûr. Il affolait les filles, avant... Maintenant il leur ferait sans doute peur... Mais toujours beau, quand même. Un petit quelque chose de cruel dans ses traits, de dangereux... De captivant...
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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Dim 17 Sep - 18:08

Je la vois maintenant, elle a changé, c’est dans son regard, quelque chose s’est éteint.

Nous nous sommes quittés et éparpillés aux quatre vents, chacun suivant une route, plus jamais la même, une route faite du chaos, de rencontres hasardeuses, parfois heureuses mais qui ne duraient jamais. Je ne connais pas son histoire, je ne sais pas ce qu’elle a vécu depuis notre séparation, depuis que les Sarwyens ont chassé les Ithryn comme des malpropres.

Mon histoire n’est plus à raconter, je l’ai enterré dans les verres de vin aigre et les tavernes crasseuses.

Soudain, le trouble…

Ne me regardes pas !

Et je fuis son regard, je me retrouve prisonnier de cette histoire, la mienne, la sienne, celle de vies pulvérisées par la bêtise et je vois la honte, les caniveaux dans lesquels j’ai fini mes nuits, sans rien d’autres à inventer. J’ai bu, je me suis traîné dans la boue et cette vision me hante brutalement, me brûle le ventre, et c’est la honte que j’ai peur de lire dans son regard.

Pourquoi…

Je vide un verre, rempli le suivant pour aussitôt le vider et un autre encore, le dernier, c’est ce que je me suis dit pour le précédent, mais ce soir je n’ai que ce refuge, celui par qui je déverserai mes entrailles, tout à l’heure, lorsque l’ivresse aura remplacée la honte et qu’enfin je pourrais la regarder en face.

Je regarde mes mains, elles tremblent d’être vu.

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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Lun 18 Sep - 10:38

Le rejet, brutal, douloureux.

Elle avait eu l'impression un instant de retrouver, par dessus toutes les horreurs vécues ensemble ou séparément, un peu de la camaraderie, de l'amitié qui les liait autrefois. Un instant elle avait entrevu l'ombre du sourire d'Arlequin, l'ancien, celui d'avant.

Et puis c'est comme si tout ça lui était arraché avec violence. Il se détourne d'elle, et se met à vider verre sur verre, avec acharnement. Sans un mot.

Ainsi, au milieu d'une taverne bondée, et aux côtés d'un de ses plus vieux amis, elle reste seule, toujours seule. Elle serre les mains autour de son verre pour qu'il ne les voie pas trembler (en admettant qu'il se souvienne de son existence), baisse un peu la tête, se mord férocement l'intérieur de la joue, par un reste de fierté imbécile qui refuse qu'on la voie pleurer.

Sombre, silencieuse, elle s'attaque à la bouteille, elle aussi. Le vin médiocre lui pèse déjà sur l'estomac, mais peu importe son estomac, son coeur lui pèse infiniment plus... Pourquoi est-il venu vers elle quand elle craignait qu'il s'approche, et l'ignore-t-il maintenant alors qu'elle a tant besoin...

Besoin ? De quoi as-tu besoin ? De redevenir ce que tu étais ? Fais une croix dessus. Qu'il te rende le sentiment que rien n'a changé, que vous êtes toujours une bande de gais lurons gambadant dans les bois et les champs ? (un sourire amer) Ce serait un leurre et tu le sais. En admettant qu'il en soit capable, et il ne l'est pas, regarde-le. Regarde-le, Boa...

Elle glisse un regard de côté, et scrute son visage. Il est fermé, verrouillé comme un coffre de fer, mais elle sent... Comme quelque chose d'enfermé qui tambourinerait à l'intérieur, qui hurlerait à l'aide. Ses yeux sont vides, ou presque... Une lueur faible les anime, étouffée, une lueur qui pourrait bien être du désarroi. A l'instant où il lève son quatrième verre pour le vider d'un trait, elle remarque le tremblement de sa main.

L'évidence lui apparaît comme ça, comme un objet qu'on a cherché partout et qu'on a retrouvé par hasard, beaucoup plus tard, bien rangé à sa place. Il en souffre. Comme elle. Enfin peut-être pas tout à fait comme elle, mais il en souffre, c'est certain. Ils partagent donc au moins ça...

Il a reposé son verre. Elle avance la main et touche son poignet, timide, hésitante. Les hommes sont si fiers. Il ne faut pas qu'il croie qu'elle a pitié de lui, il réagirait mal, sûrement. Mais elle le connaissait peu, déjà, peut-elle prétendre le comprendre, à présent ?

Oh et puis peu importe.

- Arl ?... Si on sortait d'ici ?

Elle guette son regard. Elle le craint. A nouveau.
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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Mer 20 Sep - 15:02

Je ne suis pas ivre et pourtant je peux enfin la regarder sans avoir honte, mes mains ont cessé de trembler quand elle y a posé la sienne. Etrange sensation venue du lointain, d’un passé si proche et si loin en même temps, et ces souvenirs, ils ne sont pas idiots, tout juste d’une autre époque, d’une époque où les sourires étaient à foison, sans retenu ni gène, sans regret ni discorde, nous étions unis, même lien, même regard et je retrouve un peu de cette douceur dans la tiédeur de sa main.

L’alcool aurait pu me tendre ce piège et d’illusions en rêves d’un autre aujourd’hui, d’un hier désuet, différent, occultant l’aujourd’hui sombre et si obscure qu’il entache et enveloppe mon esprit d’une bruine de démons envenimés, d’un trouble à l’autre, d’un éveil ivre de pensées belles et de générosité sans sceau de haine, j’aurai pu y croire…

Mais à la voir ainsi, en face de moi, un sourire presque esquissé, en tout cas je le devine sincère sans pour autant le voir, mais le cœur voit dans l’obscurité et les présages sont de la sorte qu’on ne puisse les voir, mais simplement les toucher du bout d’un regard, même le plus effilé, le plus discret des regards trompeurs pourrait en dire long, bien plus long qu’un bâton brandi, une évidence soigneusement protégée par un rien de si peu de chose. Et je vois son regard, je lis ce qu’elle ne veut avouer, ce que tout lui empêche de dire, ce que je ne suis peut être pas en mesure de lui dire. Et je frissonne d’y lire tous ces mots qu’elle ne prononce pas.

Je sens sa main me raconter, me dire les mots étouffés, les mots imprononçables, les mots d’hier. A cet instant, je voudrais être hier.

Un peu de courage emporte mes doigts, ils se délient, ils frémissent pour s’animer d’un léger tressaute, un peu de vie dans toute la mort que je suis devenu. Et ils deviennent des héros, et du bout des doigts, sans le dire, sans prononcer un mot, ils viennent à la rencontre de sa peau. Maintenant, ils vibrent par ce contact que tous ignorent, qu’elle ressent et que je n’ai plus envie de perdre, même si la colère me dit le contraire, même si la rage me raconte des histoires qui finissent mal, même si mes doigts brûlent de pas pouvoir lui raconter l’impatience qui jaillit par chaque parcelle de mon âme.

Sortons.

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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Jeu 21 Sep - 11:48

Sa main a la fièvre. Elle tremble et elle brûle, et vibre sous le contact de ses doigts comme si sa peau était douloureuse. Pourtant, il glisse cette main dans la sienne et la serre. Etrange, la secousse qu'elle en ressent, lui brûlant, elle glacée...

Elle reste figée un moment, absorbée dans l'étreinte de leurs doigts. Tant de temps passé côte à côte, et pourtant jamais ils n'avaient échangé un contact aussi étroit. Oh bien sûr, au cours de leurs fantaisies quotidiennes d'avant, il lui est arrivé de lui toucher la main et même pire, mais jamais elle n'a ressenti cette impression d'approcher ainsi son être profond. Caché. Jadis enseveli sous les sourires et les fanfaronnades, il est aujourd'hui masqué derrière une mâchoire serrée et des poings fermés. Mais il est toujours là. Et elle l'effleure à travers leurs mains nouées...

La tête lui tourne. Le vin, peut-être. Elle inspire profondément, avec un léger à-coup. Elle a peur de briser cet espèce de bulle d'intimité qui vient de se créer autour d'eux. Comme un objet précieux, délicat, infiniment fragile, tenu au creux d'une main si maladroite. Elle se fait soudain l'impression d'une grande brute de centaure à pieds de cheval de trait en train d'essayer de traverser un champs de pâquerettes sans en froisser une seule, elle n'ose plus bouger, ni parler, à peine respirer...

Quand il parle, le seul mot qu'il lache est un murmure rauque. Reprenant ses esprits, elle jette une pièce sur le comptoir souillé de taches et embarque une bouteille de cette fichue piquette qui lui reste sur l'estomac... Ca peut toujours servir.

Les mains toujours serrées, ils ont franchi le seuil. L'air frais de la nuit les enveloppe comme une bénédiction, il semble si pur après le remugle infâme qui régne dans la taverne qu'elle se sent étourdie, elle doit s'appuyer d'une main à un mur lépreux pour masquer son vacillement. Le ciel est clair, piqueté d'étoiles froides. La lune trône au ras de l'horizon, au bout de la ruelle. Presque ronde. Et blanche.

Elle la regarde un instant, elle n'ose pas tourner les yeux vers lui. Une vague anxiété rôde dans ses entrailles, et elle ne sait pourquoi... Ou plutôt elle ne sait ce qu'elle craint le plus de voir, entre son visage toujours hanté par la détresse et la souffrance, ou le masque rigide du tueur qu'il est devenu.
Entre le voir sourire, sachant que ce sourire ne sera plus jamais ce qu'il était, ou reprendre son air grave et sinistre.
Chaque alternative serait à la fois une perte et un soulagement...
Lâcher sa main ou la garder serrée dans la sienne.

C'en est trop pour son esprit encombré déjà de questions. Elle secoue légèrement la tête pour chasser tous ces papillons de nuits, ces idées voletantes qui l'agacent et la perturbent. Devant eux, les grilles de fer ouvragé d'un parc sont restées ouvertes. Les hautes frondaisons des arbres ondulent dans la brise nocturne, piquetées d'argent par la lune. Tout l'attire sous le couvert des arbres, c'est toujours là qu'elle s'est réfugiée dans les temps de trouble et de peine. Sans réfléchir plus avant, elle l'entraîne vers le jardin, le tirant doucement par la main.
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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Sam 23 Sep - 17:15

Et ils marchent ensemble, cote à cote, ils arpentent ruelles et sombre venelles, d’une rue piétoneuse à un parc ombragé, de quelques pavés usés et claquant du bout des sabots, sa démarche est si proche de la sienne, malgré leurs différences, toutes ces choses qui les séparent et les éloignent au fur et à fur d’un temps qui s’est écoulé, et jour après jour, ils se sont ignorés, peut-être qu’ils l’ont toujours su, peut-être qu’entre ces deux êtres, désormais de l’ombre, existe t-il un lien tissé des plus belles étoiles, de celles qui brillent même au travers des nuages.

En cette nuit où les ficelles se sont déliées, où les mots ne demandent qu’à surgir ou simplement être dits, ils se retrouvent enfin. Mais ils n’osent pas, lui en tout cas, reste muet, fermé et emmuré dans un silence, protégeant ce secret de Polichinelle si évident à les voir ainsi marcher, accrochés par la main, rivés par ces mots invisibles et que chacun n’ose prononcer.

Il doute, il hésite, il cherche dans ces images revenues du passé, qui il est. Il regarde sa main, l’autre main, celle qui reste éperdument vide de n’avoir pas encore saisi la main de Boadicea, il aurait pu y lire l’avenir s’il était un diseur, il aurait pu regarder dans l’œil du temps la direction à prendre, choisir le bon chemin, se souvenir et oublier d’avoir honte.
La turpitude du présent, c’est ce que les marques cicatricielles de ses mains lui disent, ces stigmates de ce qu’il est devenu, un instrument de vengeance, mêlant rage et soif de changer le monde, de lui rendre sa pureté originelle, une ambition prétentieuse, et au fond un acte divin, mais plus encore, si douloureux, tellement tragique que chaque nuit il en perd le sommeil et chaque nuit il cherche les réponses, le visage plongé dans les étoiles.

Il revoit le visage de ses victimes, leurs deniers regards avant qu’ils ne s’éteignent. Le jour, il s’en accommode par des myriades d’insolences, mais quand vient le soir et que le ciel s’embrase, c’est dans chaque étoile qu’il retrouve le visage de l’un d’entre eux. Et il a mal.
Et ce soir, il a honte du sang qui entache sa main pourtant propre d’avoir été savonné.

Elle tremble maintenant, il arrache sa main à ses pensées pour la cacher derrière son dos, un geste pudique, peut-être de fierté, non, sa fierté et partie avec la première vie, qu’il a ôté.

Une branche d’un haut saule vient le frapper au visage, et il se surprend à en rire, se tourne vers elle et la regarde, belle et illuminée d’un rayon de lune. Il l’aime.







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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Sam 23 Sep - 20:42

Elle se sent étrangement légère... Est-ce le clair de lune qui lui donne envie de voler ? Aucune idée. Sensation incongrue, quand quelques heures plus tôt elle se vautrait dans le plus sombre des marasmes... A présent tous ses démons se sont tus, leur hurlement continuel n'est plus qu'un léger murmure, si facile à ignorer...

Elle se surprend à sourire. Ses yeux se promènent sur tout et ne se fixent sur rien, son pas est uni, presque silencieux sur la terre riche du jardin. Il marche à ses côtés, et leurs mains sont toujours liées. Comme deux enfants qui ont fui l'école, comme deux amants qui se promènent. Ils doivent avoir l'air un peu idiot, à marcher ainsi, en silence, mais peu importe, personne ne les voit. Et elle est bien.

Il rit, une branche lui a fouetté la joue. Elle se tourne vers lui, croise son regard. Sensation étrange au fond de sa poitrine, son coeur vient de perdre le rythme un instant. Car il sourit. Comme avant. L'ombre a quitté son visage, la souffrance s'est dissipée, la courbe de ses lèvres est lisse et détendue. Une flamme tendre illumine son regard. Elle fixe ses traits un instant, intensément, pour que jamais cette image de lui ne s'estompe... Puis elle lui sourit elle aussi, doucement. Elle ne dit rien. Ils reprennent leur marche entre les arbres au feuillage bruissant.

Ses tourments se sont enfuis. Ils ont trouvé leur maître. Il vient juste d'arriver, et déjà il a mis son être à la torture...

Elle connaît cette sensation qui s'est installée en elle. Cette main invisible qui lui étreint le coeur presque imperceptiblement. Ce contact à la fois délicat et intense au creux de leurs paumes jointes. Ce silence bienfaisant de ceux qui n'ont pas besoin de mots. Cette envie féroce qu'elle a de chasser loin de lui tout ce qui pourrait lui causer peine ou tourment, de le protéger du monde... De rester près de lui, simplement, pour le regarder lui sourire encore...

Elle l'a déjà ressenti, ce puissant mélange d'émotions, il y a si longtemps, et il ne lui a apporté que de la souffrance et une longue errance solitaire. Elle ne l'a pas vu venir, cette fois... Et pourtant, tous les signes étaient là. Etait-ce donc si improbable ? Si imprévisible ? Ca lui pendait au nez, elle le savait, elle a pris le risque, et maintenant...

Un soupir soulève sa poitrine. Elle le laisse s'échapper lentement. Qu'il ne voie pas que sa quiétude s'est envolée. Que sa souffrance subite ne le touche pas, jamais... Il l'aime bien, elle le sait, ça lui ferait du mal de la savoir en peine. Elle ne doit pas l'aimer. Il ne peut rien sortir de bon d'un tel sentiment quand il n'est pas partagé. Elle court à sa perte si elle cède. Et c'est peut-être déjà trop tard.

C'est trop tard.

Ils sont parvenus au fond du jardin. Une falaise escarpée plonge dans la mer, à quelque pas devant eux. La lune se reflète sur l'eau, image mouvante de l'astre immobile, hommage dansant à sa beauté argentée.

Elle contemple la mer, la lune, le reflet. Elle lutte pour rester impassible, alors que son esprit s'agite, hésite, cherche, une idée, une solution, n'importe quoi. L'émotion l'étrangle. Sa main est à nouveau glacée. La décision tombe, implacable, inévitable.

Il ne doit pas savoir.
Elle ne veut pas lui voir de pitié dans le regard. Ou pire.
Elle doit enfermer ça au fond d'elle, l'emballer dans de l'amitié, de l'affection, le camoufler, le déguiser en loyauté, n'importe quoi, mais que jamais elle ne le voie reculer avec dégoût. Car quel humain pourrait éprouver autre chose que du dégoût à entendre l'aveu d'amour d'une femelle centaure ?

Et si...

Elle n'ose pas l'espérer. Son sourire... Ses doigts toujours noués aux siens... La tendresse presque palpable dans ses yeux... C'est impossible. Est-ce possible ?

L'effort qu'elle fait pour affronter son regard est le plus pénible qu'elle ait jamais eu à faire... Tourner la tête, lever les yeux... Et voilà qu'elle tremble toute...
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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Jeu 28 Sep - 16:36

Ses yeux noirs, son teint pâle, ses cheveux, ces deux là se ressemblent. Pourtant, pourtant, il y a cette différence, chacun le sait et se tait. Humain et centaure, si proche et à demi différent. Une moitié qui les sépare, interdisant l’union.

Son regard s’est accroché au sien, il ne peut s’en séparer. Rivés l’un à l’autre, il hurlerait d’en quitter l’iris ébène, couleur de l’ombre et merveille d’une mer de lune. D’une pudeur volatile, il baisse les yeux, et c’est un déchirement, un cri dans la nuit qu’il gardera pour lui, pour ne pas l’effrayer, pour ne pas qu’elle est peur, pour ne pas la voir frémir.

Maintenant, il fait semblant de regarder la lune, ses reflets secoué d’un ressac, la mer qui danse en quelques flots épars, nonchalante et sereine. Lui, ne l’est pas. Il n’est que le mime mensonger d’un décor dramatique.
Il aimerait lui dire, lui avouer ce qui est évidence et que son cœur lui souffle, mais sa raison l’emporte, gagne sur l’élan, terrasse ce besoin irrépressible de lui dire les mots, ceux qui font vibrer l’esprit et sourire les cœurs, jusqu’au plus profond du ventre.

Ses jambes deviennent coton, il voudrait s’asseoir pour ne pas qu’elle s’en aperçoive. Et c’est en voyant le tronc sur lequel ils auraient pu s’asseoir cote à cote, qu’il mesure toute cette différence qui les sépare. Cette moitié qu’il en vient à maudire, même si au fond, il se croit prêt à sacrifier la chair pour un acte sans doute plus divin, sans jamais la toucher, aimer d’effleurements platoniques, en regards volés du désir, aimer en mots.

Et s’il se trompait, si ce qu’il ressent n’était qu’un effet pervers de l’ivresse ? Apres tout, ils ont bu à outrance !
Mais alors, pourquoi ce sentiment persistant, pourquoi ce mouvement perpétuel vient-il corriger chacun de ses arguments et le renvoie inlassablement vers elle.

Pourquoi ne peut-il s’empêcher de penser à elle, de deviner le moindre de ses frissons et vouloir lui offrir plus de chaleur ; pourquoi lorsqu’elle soupire, il se met à rêver d’elle, à imaginer que ce soupir est pour lui ; pourquoi ce reflet sur l’eau, qu’il voudrait être de lune, est son visage à elle ; pourquoi dans chaque étoile qui illumine le ciel de la nuit, y voit-il ses deux grands yeux noirs et si flamboyant, si savoureux qu’il voudrait les garder dans son cœur, mais ils y sont déjà, alors pourquoi, pourquoi…

Et cet élan à nouveau. Celui, qui lui fait serrer les doigts trop forts et fermer son poing sur sa main. Pourquoi ne se plaint-elle pas ?


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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Ven 29 Sep - 14:17

La douleur est bienfaisante. Pas assez intense, cependant, pour chasser celle qui lui pèse sur la poitrine. Pas assez puissante pour effacer de sa mémoire ce qu'elle vient de lire dans ses yeux.

Le silence les enveloppe. Les mots sont inutiles, et de toute façon bien trop étriqués pour exprimer ne serait-ce que la moitié de ce qu'ils ont à se dire. Ce bout de regard qu'ils ont échangé est plus éloquent qu'aucun mot. En une fraction de seconde, il lui a tout dit. Que leurs souffrances sont jumelles. Et aussi la conscience de ce que leurs corps trop différents leur interdisent.

L'émotion l'étrangle, et la tristesse et la peur. Le bref coup d'oeil vite détourné vers ce tronc, l'image presque vue dans son esprit d'une chose impossible et pourtant si simple, si naturelle, oui, mais pas pour elle, jamais. Alors elle accueille la douleur dans ses doigts meurtris comme un présent. Un témoin de sa détresse à lui, qu'elle partage. Sa gorge se noue à l'idée que c'est la seule chose qu'ils partageront jamais...

Elle ne devrait pas prendre son autre main et la serrer dans la sienne, mais elle ne peut s'en empêcher. De même qu'elle ne devrait pas incliner la tête et poser son front sur son épaule. Maigre réconfort qu'elle s'offre là, bien maigre, alors qu'elle a si soif de sentir l'étreinte de ses bras autour d'elle, mais ce contact lui est interdit, la proximité est dangereuse, la proximité est un pas sur une pente de plus en plus forte, de plus en plus abrupte, et qui mêne à l'abîme sans fond d'un désir sans issue...

Alors elle prend bien garde à ne pas le toucher autrement que de leurs mains serrées et de son front contre son cou, il ne faut pas que leurs corps se touchent. Et ce demi-contact, insuffisant, inabouti, est une nouvelle souffrance. Ils se regardent de part et d'autre d'un gouffre noir et froid, et ils savent tous deux qu'un pas de trop l'un vers l'autre les mènerait à leur perte. Au milieu des démons ricanants qui hurlent à leur oreilles, ce sentiment qui les lie est un tourment de plus... Oui peut-être, il est bien plus pur et plus noble que le remord et la haine, mais avaient-ils besoin de ça ? N'étaient-ils pas assez torturés, déjà ? C'est cette injustice qui lui fait murmurer, la voix tremblante :

- Pourquoi ?... Pourquoi nous ?... Pourquoi maintenant ?...

L'instant ne peut se prolonger plus, il faut y mettre fin, bientôt elle ne serait plus capable de s'éloigner de lui. Elle recule de quelques pas, et l'air froid sur son visage est plus cuisant qu'aucune brûlure. Elle tremble toujours, nervosité, émotion, épuisement. Etrange mouvement qu'elle a, pour ramener ses cheveux sur sa poitrine. Jamais elle n'a éprouvé de gêne à vivre au milieu des autres sans avoir à se couvrir. Elle n'a pas souvent froid, et des vêtements la dérangeraient pour se battre, et puis quoi de plus ridicule qu'un centaure habillé ?

Alors pourquoi cette nuit se sent-elle aussi nue ? Les cheveux ne suffisent pas, elle croise les bras devant elle, s'offrant à elle-même un peu de l'étreinte qu'il ne peut lui donner. La tête courbée, elle s'éloigne encore un peu vers la falaise et la lune. Elle pleurerait comme un enfant si elle le pouvait, mais on dirait que les larmes se cachent, comme elle. Elle a honte. Elle hait cette moitié d'elle-même qui la coupe des autres, qui la sépare de lui. Et elle se hait de la haïr. Alors elle tourne un peu la tête, cherche ses yeux à nouveau.

- C'est ce que je suis... je n'y peux rien...

Idiote, évidemment que tu n'y peux rien. Crois-tu donc qu'il te le reprocherait ? Alors pourquoi t'en excuses-tu ?
A qui parlais-tu, exactement ?
A lui ?
A toi ?
A la lune ?


Elle ne parle plus. Elle a froid, dedans et dehors. Et les larmes viennent, enfin.
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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Mer 4 Oct - 19:41

Et c’est elle qui prononce les mots, c’est elle qui trouve le courage de dire ce que lui, refuse : le premier pas vers l’impossible vérité. Un pas sans retour, sans aucune possibilité de recule, il est déjà trop tard, ils le savent, ils en souffriront.

Lorsque son regard prend le mien, c’est la joie qui revient, étrange et puissante et je me sens Arlequin, saltimbanque, jongleur et poète, amoureux de la vie et amateur des bons vins ; les grands crus sont à nouveau le nectar qui embellit mes rêves, et la vie devient alors, plus douce, si facile, tellement légère.
Je me surprends à sourire, un sourire sans la crispation sournoise des délits et des heurts, un sourire pour elle, parce qu’elle est ce que je cherche et je le comprends dans ses yeux.

Ses mains me disent des mots tendres, me racontent des histoires de vies complices, me saisissent jusqu’au creux des reins, violemment elles me ramènent à la seule pensée qui devient importante, la pensée d’elle.

Sa peau qui frôle la mienne, le frisson endormi qui se réveille et s’étire, parcourant de mille sensations subtiles et qui n’ont qu’un seul et unique dessein : débarrasser cette ride qui fronce mes sourcils et déforme mes traits sans joie.

Sa chevelure qui balaye mon épaule, la rend plus belle et plus fragile d’un instant, d’un peu de rien et pour un tout ; elle, moi, deux et c’est déjà beaucoup.

Et je souris.

Soudain, elle frémit. Je crois qu’elle voudrait s’échapper, partir loin et ne plus jamais se retourner, ne plus me voir, ne plus tenir ma main, ne plus poser son front sous mon menton. Et pourtant, elle reste là, muette, apeurée.
Et moi… et moi, je voudrais la prendre dans mes bras, la serrer et l’empêcher de fuir. Elle, elle m’empêcherait de la lâcher et de fuir à mon tour.

Je voudrais embrasser ses lèvres, embrasser son cou, je voudrais goûter au sel de sa peau, je voudrais mordre à pleine dent dans le miroir de ses yeux, je voudrais le briser pour qu’il garde figé cette image d’elle et de moi, heureux enfin.

- Reste dans mes yeux...


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MessageSujet: Re: Quand vient la nuit - Partie I   Lun 9 Oct - 10:40


Comme si je pouvais faire autrement...

Elle cherchait ses yeux et ne s'attendait pas à les rencontrer si vite, ni à leur trouver cette expression. Elle craignait la souffrance, le désarroi, l'embarras, le mépris, même, ou pire encore, une vague indifférence, et au lieu de celà...

Ses yeux sont presque noirs sous la lune. Je n'arrive pas à savoir ce qu'ils expriment. Autant il y a quelques secondes, tout me paraissait clair, horriblement clair, autant maintenant je n'y comprends plus rien. Le sourire qui persiste sur ses lèvres, je ne le comprends pas... Il sourit, et moi je suis là à cligner des yeux comme une idiote en espérant que mes larmes resteront bien gentiment derrière mes paupières, espoir imbécile, c'est fichu d'avance, c'est juste une question de secondes... Il sourit, et moi j'ai une béance qui hurle à la place du coeur...

Il sourit encore, et ses mots me percent et restent fichés en moi. Clouée sur place par son regard, par cette intensité qui me dépasse, je ne peux que rester là, immobile et captive. Une petite partie de moi, la raisonneuse, cherche encore un sens à l'expression de ses traits, est-il heureux, est-il en paix, souffre-t-il, aime-t-il, mais le reste de moi a déjà plongé. C'est là que je le trouve enfin.

Enfin je peux t'approcher sans crainte. Peu importe ce que je suis, ce que tu es. Nos regards sont pareils, frère et soeur, amis, amants. Ils peuvent s'entremèler et s'étreindre à loisir, et ce qu'ils se disent, ce qu'ils partagent est infiniment plus profond que tous les contacts du monde... Je n'ai plus peur. Peu importent les cris de ma chair. Qu'elle crie, ça prouve au moins qu'elle est vivante. Elle ne compte pas. Je ne peux t'apporter ce que la première femme venue peut te donner. Je ne suis pas femme. Tant pis. J'ai mieux à t'offrir. Du moins je crois.


Ils sont toujours immobiles, à quelques pas de distance. Lentement l'expression de son visage se détend. Lentement un sourire doux vient fleurir sur ses lèvres. Ses bras retombent, inutiles. De ses yeux grands ouverts coulent enfin quelques larmes, qui ne sont plus de chagrin. Elles étaient là, c'est tout, et un trop-plein d'émotion les a poussées dehors, choses importunes devenues inutiles, encombrantes, obsolètes.

Le moment est bref et paraît très long. Puis elle lève une main vers lui. C'est tout.


Le silence les enveloppe et la lumière de la lune met de l'argent dans leurs chevelures jumelles. Le pas qu'il fait est fluide et souple comme un pas de danse. Il tend une main. Elle ne tremble pas. Elle reste suspendue au-dessus de sa main à elle. Puis il l'effleure, du bout des doigts, si légèrement... C'est suffisant. C'est déjà bien trop. Par ce geste infime, leur sort est désormais scellé.

Ils repartent côte à côte, de leur pas étrangement uni, en silence toujours. Leurs yeux et leurs doigts se frôlent parfois. Leur sourire reste. Leur coeur saigne. Mais il chante aussi...
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