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 Le passé d'Osëfyen

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Alyssandre
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MessageSujet: Le passé d'Osëfyen   Mer 31 Mai - 17:02



Je me souviens...

Osëfyen, recouverte des brumes éternelles, brillent des vies qui la composent. Chaque être l’illumine, joyaux inestimables. La lumière du vieux soleil épuisé se dissipe, laissant la place à l’obscurité bienveillante. Les Osëfyens se regroupent en un cercle parfait. Les âmes en suspension dans l’air se frôlent sans jamais se toucher. Cinq d’entre elles avancent vers le centre.

Des silhouettes apparaissent, informes et grossières, puis se précisent. Les contours se dessinent, les essences se sculptent. La Main astrale se révèle. Comme chaque soir, leurs visages naissent de la brume et de la lumière, de l’illusion et du rêve. Une note s’élève de chacun d’eux.

Puissante et clair est celle d’Hëllequin, comme le son du cor dans une forêt de ténèbres, il est le guide jamais proclamé, berger des Osëfyens, chasseur des ennemis.
Une voix profonde et basse, comme le grondement du tonnerre, vient s’y accorder, la mienne, Alessa, celle qui veille d’un regard protecteur sur Osëfyen, celle dont le bras jamais ne faiblit.
Une troisième s’élève, vive et chaleureuse, comme les chants des oiseaux saluant l’aube, sa chevelure écarlate est notre étendard, elle est celle qui appelle Osëfyen à l’union, Aedissyë.
Une nouvelle note se fait entendre, douce et vibrante, comme le murmure de l’océan qui jamais ne se tait, Yassëne, la gardienne des portes. Elle est celle qui tourne Osëfyen vers l’extérieure, qui barre la route aux intrus.
Une dernière note s’échappe, éclatante et cristalline, comme la pluie sur un champ de fleur, Leÿlou, celle, discrète et songeuse, qui aime à dévorer les âmes des intrus.
Leur chant s’élève, appelant ceux qui manquent encore. Symphonie imparfaite et grossière, elle est la génèse, l’inachevé, le noyau de tout et de rien.

D’autres lumières s’approchent du centre, apparaissant peu à peu sous leur forme choisie. Leurs mains se joignent à celles des représentants de la Main astrale, leurs chants s’élèvent, donnant toute sa perfection, toute son harmonie à la voix unique qui naît de la symphonie de leur cœur. D’abord le chuchotement de Rëhmès, l’exécuteur aux milles démons et tant d’autre encore. Tous les rejoignent dans un ensemble d’une simple perfection.

De leurs voix mêlées, naît le chant du Tahäl. Unique et tout puissant, nul ne le contrôle, nul ne le représente. Il est l’Osëfyen, nous sommes son essence, son corps.


Dernière édition par le Mer 21 Juin - 10:46, édité 2 fois
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Alyssandre
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MessageSujet: Re: Le passé d'Osëfyen   Jeu 1 Juin - 9:50

Tous mus par la même soif de partage, nous sommes enlacés, embrassés, chaque Osëfyen disparaît pour laisser place nette. Nous sommes plus, nous n’avons jamais été, nous sommes aveugles, sourds et muets, handicapés et estropiés, imparfaits. Mais par cette union au-delà de nos êtres naît notre perfection.

Les sept croissants lunaires ouvrent leurs yeux de nacre sur notre nuit. Le partage doit cesser. Le Tahäl est restauré mais ne doit être éveillé. Petit à petit, chaque Osëfyen retrouve son individualité.

Comme le ressac suit la marée, une vague de malaise nous étreint. Notre simplicité nous pèse après l’intensité de l’union du Tahäl. Nous redevenons êtres de brumes et de pensées, dispersés, incomplets.

Jamais nous ne mangeons, jamais nous ne dormons. Nul sang ne coule dans nos veines. Nous ne sommes qu’illusion, nous ne sommes que pensées. Nous ne connaissons ni la soif, ni la faim, ni le sommeil.

Aucune jalousie n’entache nos liens, puisque seul notre esprit est notre frontière. Nous sommes comme nous le voulons, au moment où nous le décidons. Pourtant sous chacun de nos masques, nous nous reconnaissons sans peine, car nous sommes les pièces d’un tout unique.

Notre seule soif est celle de l’esprit, nous nous abreuvons de pensées, nous dévorons les fantasmes. Les rêves sont autant de portes ouvertes sur nos festins et nous choisissons nos mets selon nos goûts et nos envies.

Nombreux sont les êtres qui ne se réveillent pas d’une nuit en notre compagnie.
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Alyssandre
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MessageSujet: Re: Le passé d'Osëfyen   Ven 2 Juin - 10:29

Ce soir-là, les sept lunes ont vu une nouvelle fois notre union. Le tahäl se reforme sans s’éveiller, puis s’abandonne à nos êtres infimes, comme depuis la nuit des temps.

Comme tous les soirs, nous nous immergeons dans les rêves des créatures aveugles du lointain. La distance et la matière ne sont rien pour nous.

Combien de temps faut-il pour penser ? De quelle substance est faite l’âme ? C’est en répondant à ses questions que se révèle notre capacité de nous mouvoir. Jamais nous ne quittons notre monde et pourtant nous pouvons être partout à la fois.

Mon esprit suit un instant celui de Bryënn sur un champ de bataille, où humains et orcs se déchirent en poussant des cris de rage, avant de m’éloigner. Je sens la chaleur de la rage, incandescente, attirante, quelque part. Sans réfléchir, je me rue vers la source d’une telle soif de destruction. Je traverse espace et temps en un battement de paupière.

Tout n’est que ténèbres. Pourtant tel le papillon attiré par la chaleur, j’avance inexorablement. Je frôle l’âme qui m’a attiré jusqu’ici, mais ne découvre que le vide. Un sommeil sans rêve, un esprit sans pensée… Interdite, je scrute cette essence faite de néant.

Soudain une flamme apparaît. Enfin, le rêveur s’abandonne. Je m’approche de cette étrange psyché, prête à en observer l’exquise essence. La flamme croit, devient brasier, fournaise. La lumière dispensée par le feu révèle un monde étrange, mélange de plusieurs mondes. Il se consume rapidement laissant la place aux braises et aux cendres. Le gris succède au rouge. Je me baigne tour à tour dans les flammes et dans la poussière.

Le monde devient grisaille, s’effritant, se dissolvant. Tout est réduit en cendre. Chacun de mes gestes entraînent le néant, chaque frôlement laisse dans la poudre grisâtre une trace indélébile. Peu à peu je me rend compte de mon erreur. Dans cet esprit où tout n’est que destruction, je demeure seule, tangible, à nue au milieu du rien.

Pour la première fois de mon existence, j’ai peur.
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MessageSujet: Re: Le passé d'Osëfyen   Mer 7 Juin - 9:47

Dans l’immensité grise qu’est cet esprit, je suis prisonnière. Seule une pluie de cendre tombe, couvrant de lourds flocons gris un sol fait de ruines érodées. Il n’y a aucun repère, aucun détail auquel se raccrocher. Je suis comme une aveugle, je ne peux voir la sortie et m’enfuir de cet enfer gris.

Nuage de brume, j’avance à l’aveuglette, frôlant les flocons qui gisent sur le sol, le faisant flotter dans mon sillage. Chacun se dépose sur mon enveloppe vaporeuse et commence peu à peu à couvrir mon être.

Un étau me serre l’âme, me broyant. Une sensation désagréable d’être intensément observée me fait frissonner. Je suis peu à peu entravée, perdant ma latitude de mouvement. Et toujours cette pression. Une pensée furtive vient frôler mon esprit. Avec la force du désespoir, je me jette dessus, l’attirant jusqu’à moi.

J’aspire cette pensée égarée et me laisse submerger un instant. Une soif inextinguible de destruction, sans limite et sans pitié. Au centre de cette impérieuse envie, je découvre la forme de mon essence. Ainsi, je suis la proie.

A cet instant, la pression devient écrasement, comme si les moindres particules de mon être allaient se désolidariser les unes des autres pour retomber en pluie de cendre sur le sol.

Je suis comme une bête acculée que l’on s’apprête à abattre. Mais tout chasseur sait que l’animal aux aboie est dangereux.

Armée de mes dernières forces, je sculpte mon essence. Ma silhouette se dessine, entourée d’une fine pellicule de cendre. Deux bras, deux jambes, une tête, un torse. Les doigts, les oreilles, le nez, la bouche… Que j’ouvre béante en poussant un hurlement. Grave et vibrante, ma voix fait raisonner mes tympans. Chaque muscle prend forme, chaque courbe de mon corps. Quelques illusions de vêtement viennent le couvrir, une épée vient se greffer à ma main.

J’apparais tel que certains rêveurs me connaissent, femme aux formes nerveuses taillées pour le combat, les traits durs et carrés, le regard couleur d’acier.

Je m’extirpe de l’enveloppe de carbone, comme on remonte à la surface de l’eau. De mon épée d’illusion, je fends l’air, faisant danser les flocons autour de moi.

Soudain, une silhouette se dessine, aussi furtive qu’une ombre.

Qui es-tu ?
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MessageSujet: Re: Le passé d'Osëfyen   Mer 7 Juin - 17:30

Aucune réponse. Déterminée, je me lance à la poursuite de cette ombre insaisissable. J’ai l’impression d’avancer à contre-sens d’une foule invisible. Mon épée fend l’air sans rencontrer la moindre résistance pourtant je ne parviens pas à atteindre ma cible aussi rapidement que je le voudrai.

La rage commence à ronger mes entrailles, poussée par la frustration et la peur. Comme un catalyseur, ce sentiment me donne de plus en plus consistance, mes pouvoirs semblent me revenir. Finalement, je rattrape l’ombre, dressant des barreaux de cendres sur son passage. Avec une lenteur infinie, la créature se retourne, révélant sa forme, miroir de son être conscient.

Des yeux vides, une peau de cuir tanné écarlate, un corps trapu, courbé sous le poids d’ailes reptiliennes immenses. Une fournaise brûle en lui, comme si son âme était la source de cette pluie continue de carbone.

Un rictus vient déformer le visage de la créature, grimace haineuse à mon encontre. Ma forme de guerrière ne m’est d’aucun secours, j’attends l’assaut de cette bête assoiffée de destruction. Mes traits changent, mon corps s’épaissit. Les rondeurs féminines disparaissent, laissant la place à une enveloppe plus frustre, plus brutale. Je deviens colosse, gardien asexué de mon essence, bouclier increvable.

La créature bondit, me heurtant de plein fouet. Pourtant, je demeure debout. Un nouvel assaut vient m’ébranler, elle me saisit, plongeant ses griffes dans mon épiderme. Mes mains saisissent ses épaules serrant comme un étau les muscles saillant.

J’ai l’impression de brûler à l’endroit où mon enveloppe touche la créature. J’assure ma prise sur la créature, m’efforçant de dominer son esprit sans jamais y parvenir totalement. Nos puissances respectives se heurtent.

Nous pourrions rester l’éternité entière dans cette confrontation qu’aucun n’aurait le dessus. Le brasier de son âme sans cesse alimenter par sa rage, le roc de ma volonté dressé en un ultime bouclier.

Finalement, nos deux corps se séparent, épuisés, haletant. Une faille apparue à l’orée de cet esprit. Agonisant, je m’y traînais lamentablement, appelant mes semblables. Une lueur apparaît devant mes yeux au moment où ceux-ci se ferment. Mon enveloppe de colosse de délite pour se fondre peu à peu à celle de celui qui est venu me chercher… Hëllequin.

Au moment où je sombre, laissant mon frère guider mon essence jusqu’en Osëfyen, je sens une serre brûlante se refermer sur mon cœur, comme un funeste avertissement. Je viens de rencontrer un esprit bien plus dangereux que tous ceux que j’ai pu rencontrer… Et si cette créature avait des semblables…
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MessageSujet: Re: Le passé d'Osëfyen   Mer 7 Juin - 17:31

Il me faut plusieurs course de lune pour me remettre de cette rencontre. Le vieux soleil dispense sa faible lueur pour la cinquième fois, lorsque enfin je sors de ma torpeur. Ce soir lors de l’union du Tahäl, les autres sauront…

Perdue dans l’immensité de notre étreinte, je distille mes pensées d’avertissement. Je frissonne au souvenir du combat mené à l’intérieur de cet esprit. Pour la première fois depuis la nuit des temps, l’un des nôtres a été la proie. Mon cœur se serre douloureusement, faisant renaître un mal aigu et étrange en mon sein.

Comme chaque fois, je laisse mon esprit quitter Osëfyen. Je jette mon dévolu sur un humain. Mesquin, vil, il est de ceux qui flattent le puissant et frappent dans le dos. Son esprit est tortueux, j’aime me perdre dans ses méandres. Je ne me doute pas encore de ce que je vais y trouver…

Alors que je me plais à observer la complexité de cet esprit, des flammes apparaissent et réduisent l’esprit du malheureux en poussière. Une étrange sensation de déjà vu s’empare de moi quant apparaît la psyché aride et désolée, se dissolvant dans le néant.

Rapide, je tends mon esprit vers celui de l’être désormais familier. Je l’enveloppe, l’enlace, l’entrave. Je sens la morsure brûlante de sa haine, mais je l’étreins tellement étroitement que sa propre puissance lui est renvoyée. Tel un miroir, je lui retourne sa propre arme. Le contact est si étroit entre nos esprits que j’y lis aussi aisément qu’un livre ouvert. Des mots traversent mon esprit : Arkör, seigneur des cendres, Twärvalien. Lorsque la brûlure cesse, je desserre mon étreinte, m’écartant de la créature.

Je modèle mon corps à l’image de la guerrière armée, tel un avertissement à son encontre. Pour la première fois, sa voix raisonne dans l’étendue anéantie de l’esprit de ma proie. Je suis surprise d’entendre ma propre voix en écho, répondre calmement.

Qui est-tu ?

Mon nom est Alessa d’Osëfyen.

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