Ecrit par Georges Timmermans
Notes au sujet de "Sire Halewijn" suite à la lecture de l’ouvrage de M.Johan Van Hecke « Heer Halewijn in Vlaanderen en Nederland »
L’auteur, M. Johan Van Hecke est le seul, à ma connaissance, qui émet actuellement l’hypothèse, fort bien documenté, que le conducteur de la Chasse Sauvage, est « Sire Hallewijn ». Il consacre deux chapitres aux influences celtiques et germano-sandinaves mais, dans sa conclusion, il admet que la recherche de l’origine de la ballade est fort difficile. L’ hypothèses, qui selon moi est d’un grand intérêt : la chanson est le fruit de rites d’initiation féminines. L’auteur se base sur la particularité de la ballade hongroise qui porte le nom de l’héroïne centrale « Anna Molnàr ». Le chercheur Hongrois Vargyas, formule cinq éléments qui selon lui se retrouvent tous dans les chansons Halewijnnième et cela dans toute l’Europe, mais jamais ensemble. L’homme met sa tête dans le giron de la femme, la fille l’épouille, il s’endort elle regarde les anciennes victimes pendues dans l’arbre, elle pleure. Seulement, dans les versions néerlandaises (il y en a 20) il n’y a aucune trace de ces éléments malgré les assertions du chercheur hongrois. Mais les recherches établissent, que les femmes étaient les compositrices et poétesses les plus importantes de la communauté. Dans la société agraire européenne, les chansons accompagnaient le rythme des travaux, et la majorité des travaux étaient exécutés par des femmes. Elles n’avaient aucune place dans les gildes et compagnonnage, elles formèrent donc leurs propres associations. Mais l’analphabétisme chez les femmes étaient très supérieur à celui des hommes. Ceci explique que le texte de la ballade n’a jamais trouvé sa place dans un chansonnier. La première version écrite date de 1836, mais ceci n’exclut pas que l’origine en soit bien plus ancienne. Si la ballade contient des éléments germaniques et celtiques, il n’y a aucune trace d’une tradition chrétienne. Exception faite de la mélodie chrétienne qui elle est commune à la plupart des versions. (Missa in duplicibus.) La chanson d’Hallewijn a les caractéristiques d’une chanson qui s’adresse aux femmes. La femme personnage central, qui triomphe d’un rapt. Elle ramène la tête d’Hallewijn, arrivée à la porte de son père, « zi blaesde den horen als een man » (elle sonne du cor comme un homme) elle dépose le trophée sur la table, et toute l’action se termine par le banquet. La tradition orale, en Flandre est la meilleure garantie de la pureté du texte. « …mais , comme l’empreinte du thème primitif, paraît bien plus nette et plus vive dans celui-là que dans celle-ci, c’est en dernière analyse au lied néerlandais (Heer Halewijn) qu’une saine critique nous conduit, comme l’auteur commun de toute la tradition européenne »
« Romancèro populaire de la France »
Sire Halewijn chantait une chanson ceux qui l’oyaient voulaient être auprès de lui.
La chanson fut ouïe par une fille de roi, que ses parents chérissaient fort.
Et elle alla se mettre devant son père : « O père, puis-je aller vers Halewijn ? »
« Oh ! non, ma fille, non, n’y va pas ! Ceux qui vont là ne reviennent point.
Et elle alla se mettre devant sa mère : « O mère, puis-je aller vers Halewijn ?»
« Oh ! non, ma fille, non, n’y va pas ! Ceux qui vont là ne reviennent point. »
Et elle alla se mettre devant sa sœur : « O sœur, puis-je aller vers Halewijn ? »
« Oh ! non, ma sœur, non, n’y va pas ! Ceux qui vont là ne reviennent point »
Et elle alla se mettre devant son frère : « O frère, puis-je aller vers Halewijn ? »
« Peu me chaut où tu ailles, pourvu que tu gardes bien ton honneur ! »
Elle monta dans sa chambre, elle mit ses plus beaux habits.
Que mit-elle sur son corps ? Une chemise plus fine que la soie.
Que mit-elle à son beau corsage ? Des bandes d’or resplendissant.
Que mit-elle à sa robe rouge ? De point en point un bouton d’or.
Que mit-elle à son kerel ? De point en point une perle.
Que mit-elle sur ses beaux cheveux blonds ? Une couronne d’or massif.
Elle alla dans l’écurie de son père et choisit le meilleur coursier.
Elle monta sur le coursier, et chantant et sonnant du cor, elle chevaucha par le bois.
Quand elle fut au milieu du bois, elle rencontra sire Halewijn.
« Salut, dit-il en l’abordant, salut, belle vierge aux clairs yeux bruns ! »
Ils chevauchèrent ensemble, et pendant la route maintes paroles furent dites.
Ils arrivèrent près d’un gibet où pendaient maints cadavres de femmes.
« Comme tu es la plus belle des vierges, choisis ta mort : l’heure est venue »
« Hé bien ! puisque je peux choisir, je choisis la mort par l’épée. »
« Mais ôte d’abord ta tunique : car le sang de vierge jaillit très loin. »
Et avant qu’il eût ôté sa tunique, sa tête vola à ses pieds.
Sa tête tomba à ses pieds ; sa langue dit encore ces mots ;
« Va donc dans le guéret, (et souffle dans mon cor)
« Et souffle dans mon cor, que tous mes amis l’entendent »
« Je ne soufflerai pas dans ton cor, je n’exécute pas l’ordre d’un assassin. »
« Va donc au pied du gibet, et prends là le vase d’onguent,
« Et frottes-en mon cou rouge, ma blessure sera guérie. »
« Je ne frotterai pas ton cou rouge ; je n’exécute pas l’ordre d’un assassin. »
Elle prit la tête par les cheveux, et la lava dans la claire fontaine.
Elle remonta sur son coursier, et joyeusement chevaucha par le bois.
Elle arriva à la porte de son père et sonna du cor comme un homme.
Elle déposa le trophée sur la table et toute l’action se termina par un banquet.
Nous avons découvert la chanson d’Hallewijn, en 1943, chez mes grands parents maternels, elle était interprétée par une femme.
Eléments celtiques
L’auteur affirme qu’il existe un lien entre le personnage Halewijn et le monde des elfes.
Ce lien paraît dans l’expression « elf-knighte », mais aussi dans le nom de Halewijn, qui peut s’expliquer étymologiquement comme « alve-wijn », ce qui signifie « elfenvriend » (ami des elfes). Et puis, il y a aussi la consonance entre « Halewijn » et « Halloween », la dénomination anglaise pour la Samain. … Halloween est associée à la mort …. Et c’est ici que, pour nous, se trouve l’élément le plus important de cette fête. Le chemin vers le sïdh est ouvert. Pouvons- nous alors identifier Halewijn à une figure de l’autre monde qui, le jour de la Samain, cherche un contact avec les humains pour les y entraîner ?
Johan Vanhecke cite E.Smedes qui, en 1946, et ceci pour la première fois, établit un lien entre Halewijn et la fête. Il met l’accent sur quatre aspects qu’il retrouve dans la mythologie celtique et la religion : le chant qui ensorcelle, la toilette de la fille du roi, la menace de perdre sa virginité et la tête coupée qui parle. Selon Smedes, Heer Halewijn appartient au peuple qui vit sous les tumulus, le peuple de « sidh » c.a .d. les Tuatha de Danann « qui étaient des puissants magiciens »
Smedes se base sur un ouvrage de 1691, The secret commonwealth of Elves, Fauns and Fairies de Robert Kirk.
J.Vanhecke cite encore Yeats qui semble confirmer la théorie selon laquelle Halewijn appartient au peuple des elfes « … Quand ce peuple (les elfes) est joyeux, il chante ( des chants ensorceleurs) ; bien des pauvres filles ont entendu ces chants, puis moururent lentement de nostalgie en désirant un jour les réentendre ».
La prédilection des Celtes pour la musique et la richesse de leurs vêtements se retrouve dans chaque morceau de leur littérature. Pour ces deux points, nous pouvons suivre Smedes. L’auteur met en doute le troisième point « la menace de perdre son honneur ».
Les relations entre humains et l’autre peuple sont généralement admises de commun accord et le viol n’est pas un privilège des elfes.
En ce qui concerne la décapitation, c’est un test courant pour les héros celtiques. Ex : Le chevalier vert qui demande à Gawain (en néerlandais Walewein) de lui couper la tête, à charge de revanche que l’année d’après le chevalier coupe celle de Gawain .
La liste est loin d’être exhaustive, Cù Chulain est le super champion de ce « test » , Chrétien de Troyes décrit dans « Perceval » la scène où Caradoc, le roi de Vannes, décapite la tête de Eliavres et un an après, doit subir la même épreuve, etc…)
Perceval guérit le Roi Pécheur en lui laissant voir la tête de son ennemi. Après sa première visite au château du Graal ( Graalburcht), Perceval chevauche dans un bois, où il rencontre une vierge assise sous un chêne, qui crie sa douleur, et ainsi assume son deuil, car elle tient dans ses bras le corps d’un chevalier décapité.
Le plus signifiant est « le chaudron » qui avait plusieurs formes, coupe, plateau, corne à boire et furent modèles pour le graal.
Le chaudron magique est le plus intéressant sous la forme d’une corne magique. Si Halewijn est soit un esprit ou un dieu, un membre du peuple celtique des elfes, sa corne pouvait aussi bien être une corne de l’abondance, ( Autel gallo-romain découvert dans la région de Reims en 1807… laisse couler d’un sac –corne d’abondance -du grain…) qui au fil du temps s’est transformée en cor de chasse.
Wodan et la chasse sauvage.
La chanson d’Halewijn semble contenir bien des éléments celtiques. Mais cette chanson connaît une grande dispersion sur tout le territoire européen, certainement dans les régions germaniques.
Comme Bran, le dieu germanique Wodan est assisté de corneilles et de corbeaux.
Le mot celtique « Bran » signifie « corbeau » ou « corneille ».
Dans les sagas scandinaves, il s’appelle Odin.
Wodan rassemble tous les guerriers morts dans le Walhalla, en attente du Ragnarok, la fin des temps. Alors les géants, le loup Fenir et le serpent Midgard attaqueront les dieux.
Les dieux sont peu nombreux, aussi Wodan rassemble une armée, Einherjar, composée des plus grands guerriers, pour combattre et défaire la coalition des géants, de Fenir et Midgard.
Tous les jours, l’armée de Wodan, s’en va pour s’exercer au combat et chaque soir, l’armée revient au Walhalla pour se goberger de sangliers et soigner ses plaies.
Pour les germains, faire partie du Einherjar était un grand honneur. Le rite initiatique était la pendaison. La marque d’une lance, le jeûne et la pendaison, se retrouvent dans le mythe qui explique comment Wodan, acquiert la sagesse des runes en se sacrifiant à la potence : l’ygdrasil.
Odin acquiert la sagesse des runes par ce sacrifice. Sous une des racines de l’ygdrasil, se trouve la source de Mimir, la source de la connaissance.
Odin possédait aussi le statut du dieu de la poésie. Wodan connaît une chanson magique qui attirait les jeunes filles.
Il possède une armée de soldats sur laquelle il peut compter.
Le jeûne et la pendaison donnent le statut de guerrier dans le Einherjar.
Il y a l’Arbre de Vie, la source et la tête coupée qui parle (la tête de Mimirs coupée par le Wanen) Odin ressuscite la tête et discute avec elle de tous les problèmes difficiles.
L’auteur cite Kalff qui, il y a cent ans, écrit en accord avec Grimm et Böhme, que « Le roi magicien Halewijn n’est autre que Wodan, qui s’est retrouvé dans les contes et sagas populaires.
Cette hypothèse fut mise en doute par d’autres chercheurs. Mais en 1906, le lien entre la ballade et Wodan, se confirme à nouveau, pour se concrétiser dans la Chasse Sauvage.
La Chasse Sauvage
La Chasse Sauvage est le Cortège qui a lieu à une certaine période de l’année.
Pendant certaines nuits de violent orage, principalement aux changements de saisons, alors que la nature tout entière est bouleversée par le vent et la pluie.
La Chevauchée sauvage se compose en général d’animaux parfois d’origine mythologique, mais aussi de chevaux et de chiens. Cette tradition qui, suivant les pays et les provinces, porte différents noms.
Cette cavalcade fantomatique de cavaliers, menant grand vacarme, composée de morts et de vivants, est une variante de la « Wilde Heir ». Ceci est apparenté à la Einherjar et est parfois nommé le Heir enragé, qui est une forme de la « Wûrtanes Heir ». Les autres meneurs (Diderik d’Alsace, Charlemagne, le Roi Arthur et même Saint Nicolas)sont aussi des émanations de Wodan. Le remplaçant qui nous intéresse le plus est Hellequin, le meneur de la Mesnie Hellequin.
Avec le christianisme, la tradition de la Mesnie se modifie : elle se personnifie d’abord dans certains personnages bibliques (le Chariot de David en Bretagne, la Chasse d’Holopherne en Franche-Comté, la ChasseMacchabée dans le Blaisois etc.
Otto Driesen, auteur « Der Ursprung d’Harlekin », chercha des contacts avec différents folkloristes et littérateurs flamands, pour rassembler un maximum d’informations au sujet d’Halewijn. Il se doutait depuis longtemps qu’il y avait un lien entre Halewijn et Harlekijn qu’il considérait tous deux comme des émanations du diable.
Livar Kempinne qui a étudié la ballade de Halewijn avec les différentes variantes pour son doctorat arrive, après différents échanges auprès de différents philologues Finois, en 1958, à la conclusion que Halewijn signifierait : ami de Herla ou famille de Herla.
Hellequin serait la forme abâtardie de Herleking pour King Herla.(Roi britton qui reçoit, le jour de ses noces, la visite d’un faune qui l’invite à son tour.
Les trois jours d’absence du roi et de sa suite, sont trois siècles. Lui et ses compagnons ne peuvent mettre pied à terre. Depuis, ils chevauchent toujours la cavalcade de Herlething). Elle va plus loin dans ses comparaisons :
Arlot catalan
Harlot anglais
Araldo italien
Arnaud et Renaud français.
Halewijn en français, s’appelle Renaud, et « Harlot » signifie brigand, vagabond, diable et s’apparente à « False Knight ». Si Johan Vanhecke trouve que ces explications sont peu crédibles, je me permets d’ajouter que Allowin (hij die alles rooft) = celui qui rapine tout, fut dans le passé, un surnom commun. Halewijn n’est pas toujours une figure solitaire, ses amis arrivent nombreux au son du cor. L’Oste de Halewijn peut être une identification avec la Mesnie Hellequin et la Chasse Sauvage. « Dans les hurlements et la fureur de la tempête, l’on croyait entendre le Chasseur Sauvage et sa Horde, Wodan, le Dieu du vent, est aussi le Dieu des morts. » Frédérick Tristan affirme que Hallewijn est le nom d’un vent. Dans un des textes danois des plus anciens d’Hallewijn, la figure centrale masculine s’appelle Olmor ou Oldemor .Le nom le plus usuel est Ribold, et en Norvège on parle de Rolebald ou Rulleman. En Frise, le roi Rowolt vole sur un cheval blanc, en pleine tempête, par dessus la mère du Nord, vers l’Angleterre et revient sur un cheval noir. Sur l’île de Möen chasse le Grönejaette (Le géant vert), sa tête sous son bras gauche . La « Wilde Heir » s’accompagne de chariots qui, en Angleterre, s’appelle « Hurlewayne ». Les compagnons de la « Wildeheir » sont des morts tués par strangulation et portent la corde au cou. Si une personne rencontre la Chasse Sauvage, il est emporté et le matin suivant, il est retrouvé à la potence.
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Speaker Trapp Etc